Avec quelques coups de pinceau, le peintre James Coignard est apte à engendrer tout un univers. Il étire les limites entre le concret et l’abstrait. Il est expert en l’art de générer des modulations colorées, qui vont du bleu de cobalt au rouge sang, mariant les tons terreux à l’opacité de la nuit. Des peintures qui associent des champs colorés démesurés à des espaces clos.
Ses tableaux constituent un épicentre esthétique où les lignes, les lettres et les chiffres se mêlent à des amalgames colorés.
Les motifs apparents dans ses oeuvres varient à l’infini : tantôt un signe secret porteur de symboles, tantôt l’évocation sensuelle d’un corps féminin. De petits carrés évocateurs d’un petit village, des peintures pariétales représentant des animaux, dignes de provenir des grottes d’Altamira en Espagne, ou de Lascaux en France, lui servent de thème ; ou bien une scène brutale et sanglante de tauromachie.
Ses peintures revêtent un aspect magique : vastes fragments de la voûte céleste, ou bien un simple coup de pinceau, finement ciselé, aiguillant l’œil de l’observateur vers un univers énigmatique et illimité. Paradoxalement, Coignard parvient à fondre en un tout ce qui est palpable et ce qui n’a pas de nom. Il oppose le clair à l’obscur, le rugueux à la lumière aveuglante.
Depuis ses premières années, on observe dans beaucoup de ses œuvres un appétit de vivre indomptable, un infatigable besoin de peindre ce qui touche à nos sentiments les plus intimes, ainsi que les paysages qui nous environnent. D’autres oeuvres expriment une atmosphère d’autant plus mélancolique, représentée sur un arrière-plan lugubre. L’aptitude à tracer des lignes symétriques sur un fond chaotique et irrationnel caractérise le monde mental de Coignard.
Un grand nombre de ses peintures opposent des couleurs saturées à une gamme de gris presque oblitérés. La vie opposée à la mort. Tel est le contenu de sa figuration. Il s’agit d’un mouvement en spirale ininterrompu, peuplé de figures humaines, de représentations d’animaux et d’êtres imaginaires.
James Coignard est né à Tours en 1925. À l’âge de trois ans, il a emménagé à Paris avec ses parents. Dès ses plus jeunes années, il a fait preuve d’un incoercible besoin de dessiner et de peindre.
En 1948, âgé de 23 ans, il a décidé d’être artiste et est entré à l’École des Arts Déco de Nice. L’année suivante, en association avec son collègue Marchand des Raux, il participait à une exposition collective au Musée de l’lle-de-France, à Saint-Jean Cap Ferrat. C’est à cette occasion qu’il a fait connaissance avec l’artiste légendaire Henri Matisse et subi son influence, avant de voler de ses propres ailes. Il ne lui a pas fallu longtemps pour ouvrir les yeux à l’art de peindre des novateurs, Georges Braque et Marc Chagall.
Vers la fin des années 1950, son entrée en contact avec plusieurs peintres espagnols a été décisive pour son développement artistique ultérieur. Il a été particulièrement sensible à certaines peintures, sculptures et fresques catalanes.
James Coignard a eu sa première exposition personnelle à Paris, en 1960.
Depuis cette date, il a exposé dans diverses galeries et musées. Il est amplement représenté à la fois dans des collections privées et dans des expositions publiques, notamment au Musée Guggenheim de New York et au Musée des Beaux-Arts de San Francisco, aux États-Unis.
Vers la fin des années 1960, Coignard a réalisé ses premières estampes à l’aide de la technique de gravure au carborundum. Durant cette décennie, il a commencé à exécuter des sculptures en bronze et en verre, qu’il a poursuivies conjointement à sa peinture et à son œuvre gravé.
James Coignard a son point d’attache en France méditerranéenne, avec un atelier à Antibes et un domicile à Cannes.
Les peintures et l’œuvre gravé de James Coignard sont une aventure esthétique. Un jeu plastique dans lequel l’aspect destructif et fataliste est compensé par la spontanéité des émotions. Johan Persson